Loi Bourquin droits de l’assuré : quelles protections pour l’emprunteur face à sa banque ?
La loi Bourquin a été une étape décisive pour mettre les assurances emprunteur en concurrence. Mais, depuis 2022, la loi Lemoine va plus loin : l’emprunteur peut changer d’assurance de prêt à tout moment, sous réserve de garanties équivalentes.
À retenir
- La loi Bourquin a instauré la résiliation annuelle de l’assurance emprunteur ; elle est désormais dépassée par la résiliation à tout moment prévue par la loi Lemoine.
- La banque peut refuser une assurance externe uniquement si les garanties ne sont pas équivalentes à celles exigées dans son contrat de groupe.
- En cas de substitution, la banque ne peut ni facturer de frais, ni modifier le taux ou les autres conditions du prêt.
- La banque dispose de 10 jours ouvrés pour répondre à une demande complète de changement d’assurance et doit motiver tout refus par écrit.
- Le prix ne suffit pas : il faut vérifier la quotité, les exclusions, les franchises, le mode d’indemnisation et la couverture des risques liés à la profession.
Longtemps, souscrire l’assurance proposée par sa banque a semblé aller de soi au moment de signer un crédit immobilier. Pourtant, l’assurance emprunteur peut peser lourd dans le coût total d’un financement, surtout pour un prêt long. La loi Bourquin a marqué un tournant en donnant aux emprunteurs le droit de résilier leur contrat chaque année. Depuis, la loi Lemoine a encore renforcé cette protection : il est désormais possible de changer d’assurance emprunteur à tout moment et sans frais, à condition de présenter un niveau de garanties équivalent.
De la loi Bourquin à la loi Lemoine : ce qui a réellement changé
Les réformes successives ont progressivement mis fin au quasi-monopole des contrats collectifs commercialisés par les banques. Elles poursuivent une même idée : l’établissement prêteur peut exiger une assurance pour accorder le crédit, mais il ne peut pas imposer son propre assureur si l’emprunteur présente une couverture concurrente suffisamment protectrice.
La loi Bourquin : le droit de résilier à chaque échéance annuelle
Issue de l’amendement Bourquin, la réforme applicable depuis 2018 a permis à l’emprunteur de changer d’assurance à chaque date anniversaire du contrat, avec un préavis généralement fixé à deux mois. À l’époque, cette possibilité était déjà majeure : elle permettait de remettre régulièrement en concurrence le contrat de groupe de la banque et les assurances individuelles proposées par d’autres assureurs.
Ce mécanisme a notamment consacré deux protections essentielles : la banque devait examiner l’équivalence des garanties et elle devait expliquer par écrit les raisons d’un éventuel refus.
La loi Lemoine : une résiliation possible toute l’année
La loi Lemoine a supprimé l’attente de la date anniversaire et le préavis de deux mois. Un emprunteur peut désormais demander une substitution dès qu’il trouve un contrat adapté, qu’il ait signé son prêt il y a quelques semaines ou plusieurs années. Les contrats souscrits avant la réforme sont également concernés.
| Dispositif | Droit accordé à l’emprunteur | Situation actuelle |
|---|---|---|
| Loi Lagarde | Choisir une assurance externe dès la souscription du prêt, via la délégation d’assurance | Toujours applicable |
| Loi Hamon | Changer d’assurance au cours de la première année du prêt | Supplantée en pratique par la résiliation à tout moment |
| Loi Bourquin | Résilier chaque année à la date anniversaire | Étape historique, remplacée en pratique par un droit plus large |
| Loi Lemoine | Résilier et changer d’assurance à tout moment, sans frais | Règle actuellement la plus protectrice |
Les protections concrètes de l’emprunteur face à sa banque
La liberté de choisir une assurance autre que celle de la banque
Une banque est libre de conditionner son prêt à la mise en place d’une assurance couvrant certains risques : décès, perte totale et irréversible d’autonomie, invalidité, incapacité temporaire de travail, voire perte d’emploi dans certains dossiers. En revanche, elle ne peut pas exiger que cette assurance soit souscrite auprès de son assureur partenaire.
Cette faculté de souscrire ailleurs porte le nom de délégation d’assurance. Elle peut être exercée avant la signature de l’offre de prêt, puis à n’importe quel moment pendant la durée du crédit. La banque doit accepter la délégation lorsque le nouveau contrat respecte son exigence d’équivalence de garanties.
Le droit à une information claire sur les exigences de la banque
La banque doit remettre une fiche standardisée d’information et indiquer les garanties qu’elle exige pour le prêt. C’est ce document qui sert de référence pour comparer une offre externe. Il doit notamment permettre d’identifier les risques couverts, la quotité d’assurance demandée pour chaque emprunteur, les limites d’âge, les délais de franchise et les critères d’équivalence retenus.
L’offre de prêt fait également apparaître le TAEA, ou taux annuel effectif de l’assurance. Cet indicateur facilite la comparaison, mais il ne remplace pas la lecture des conditions de garantie. Deux contrats au même TAEA peuvent indemniser très différemment un arrêt de travail ou exclure des situations qui comptent pour votre métier.
Le droit à une réponse rapide et motivée
Lorsque la demande de substitution est complète, la banque dispose de 10 jours ouvrés pour faire connaître sa décision. Si elle accepte, elle émet un avenant au contrat de prêt précisant notamment la date d’effet de la nouvelle assurance. Si elle refuse, elle doit motiver précisément son refus par écrit, en se fondant sur l’absence d’équivalence d’une ou plusieurs garanties.
Un refus vague du type « contrat non conforme » ne permet pas à l’emprunteur de corriger son dossier. Il est légitime de demander l’identification exacte du critère manquant ou insuffisant, puis de solliciter de l’assureur concurrent une adaptation de sa proposition.
L’interdiction des frais et des représailles sur le prêt
Le changement d’assurance ne doit pas devenir une source de pénalité déguisée. La banque ne peut pas facturer de frais pour étudier ou mettre en œuvre une substitution d’assurance. Elle ne peut pas non plus modifier, à cette occasion, le taux du crédit, les garanties bancaires, la durée du prêt ou toute autre condition initialement négociée.
Autrement dit, un prêt accordé à un taux donné doit le rester après une délégation d’assurance acceptée. Une pression commerciale pour vous faire renoncer à votre droit de changer d’assureur ne constitue pas un motif juridique de refus.
L’équivalence des garanties : la seule vraie limite au changement d’assurance
La liberté de changer d’assurance ne signifie pas qu’il est possible de remplacer un contrat protecteur par une couverture moins étendue. La banque peut exiger un niveau de protection équivalent à celui qu’elle avait retenu pour accorder le prêt. Mais elle ne peut pas réclamer une identité parfaite entre deux contrats, ni imposer les caractéristiques commerciales de son assurance de groupe.
Les critères d’équivalence sont encadrés par un référentiel du Comité consultatif du secteur financier. La banque sélectionne les critères applicables à votre dossier et les mentionne dans la fiche d’information. Elle doit ensuite comparer l’offre concurrente à cette grille, et non à des exigences nouvelles inventées après coup.
Les garanties à examiner avant de privilégier le prix
| Élément comparé | Pourquoi c’est déterminant | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Quotité assurée | Elle détermine la part du capital ou de la mensualité prise en charge pour chaque coemprunteur. | Un couple assuré à 50 % / 50 % n’est pas protégé comme un couple assuré à 100 % / 100 %. |
| Décès et PTIA | Ces garanties sont presque systématiquement exigées et remboursent le capital assuré selon le contrat. | Vérifier les limites d’âge et les exclusions prévues. |
| ITT, IPT et IPP | Elles protègent en cas d’arrêt de travail ou d’invalidité durable. | Comparer la définition de l’incapacité, le seuil d’invalidité et la prise en compte de votre profession. |
| Franchise | Elle fixe le délai avant le début de l’indemnisation en cas d’arrêt de travail. | Une cotisation plus basse peut cacher une franchise de 90, 120 ou 180 jours. |
| Mode d’indemnisation | Il peut être forfaitaire ou indemnitaire selon les contrats. | Le mode indemnitaire peut tenir compte des revenus réellement perdus ou des prestations déjà reçues. |
| Exclusions | Elles limitent la garantie pour certains risques, pratiques ou pathologies. | Attention aux exclusions relatives au dos, aux troubles psychiques, aux sports ou à certains métiers. |
La quotité mérite une attention particulière. Dans un achat à deux, une couverture à 100 % sur chaque tête protège en principe le survivant contre l’intégralité de la mensualité ou du capital assuré en cas de décès de l’autre, selon les modalités prévues. Une répartition à 50 % / 50 % réduit la cotisation, mais laisse une part du crédit à payer après le sinistre. Le bon choix dépend des revenus, de l’épargne disponible, de la présence d’enfants et de la capacité de chacun à assumer seul le logement.
Contrat de groupe de la banque
- Tarification souvent mutualisée entre les assurés.
- Parcours de souscription généralement simple et intégré au crédit.
- Peut être pertinent pour certains profils présentant un risque de santé ou professionnel plus élevé.
- Garanties souvent standardisées, avec une adaptation parfois limitée à chaque profil.
Assurance individuelle déléguée
- Tarification plus souvent personnalisée selon l’âge, la profession, le statut fumeur et la situation médicale.
- Peut être compétitive pour un emprunteur jeune, non-fumeur ou exerçant une profession peu risquée.
- Possibilité de choisir des garanties et options plus adaptées à un besoin précis.
- Nécessite une comparaison attentive des exclusions et de l’équivalence demandée par la banque.
Comment changer d’assurance emprunteur sans mettre son prêt en danger
La procédure est aujourd’hui plus simple qu’à l’époque de la loi Bourquin, mais elle exige de respecter un ordre logique. L’objectif est d’éviter toute période sans assurance et de transmettre une demande suffisamment complète pour déclencher le délai légal de réponse de la banque.
- Rassemblez les documents utiles : offre de prêt, tableau d’amortissement, conditions de l’assurance actuelle, fiche standardisée d’information et éventuels avenants.
- Définissez les garanties exigées : vérifiez la quotité demandée, les garanties obligatoires et les critères d’équivalence mentionnés par la banque.
- Demandez plusieurs devis comparables : transmettez les mêmes informations de prêt à chaque assureur et exigez le coût total, pas seulement la mensualité annoncée.
- Contrôlez les conditions importantes : exclusions, franchise, indemnisation, âge limite, couverture de la profession réelle et des activités sportives régulières.
- Adressez la demande de substitution : le nouvel assureur peut souvent accompagner les démarches, mais l’emprunteur doit conserver une preuve de l’envoi et des documents remis à la banque.
- Attendez l’accord formel : l’ancien contrat ne doit être résilié qu’en cohérence avec la prise d’effet de la nouvelle assurance et l’avenant bancaire.
Quel gain peut-on attendre d’un changement d’assurance ?
Il n’existe pas d’économie garantie. Le résultat dépend notamment du capital restant à assurer, de la durée restante, de l’âge, de la quotité, du statut de fumeur, de la profession et de l’état de santé. L’assurance peut toutefois représenter plusieurs milliers d’euros sur la vie d’un prêt immobilier, et parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros pour des capitaux élevés ou des durées longues.
Pour comprendre l’enjeu, prenons une illustration purement mathématique : un capital de 200 000 euros assuré pendant 25 ans avec un taux d’assurance de 0,30 % calculé sur le capital initial représente environ 600 euros par an, soit 15 000 euros sur 25 ans avant prise en compte des spécificités contractuelles. Un contrat calculé sur le capital restant dû, ou présentant un taux différent, peut produire un coût total très éloigné. Il faut donc comparer le montant total des cotisations restant à payer, à garanties réellement comparables.
Les erreurs qui font échouer une délégation d’assurance
- Comparer seulement le tarif mensuel : une économie apparente peut disparaître si le nouveau contrat protège moins bien un arrêt de travail ou applique des exclusions plus larges.
- Réduire la quotité sans l’assumer : diminuer la couverture permet de baisser le prix, mais change profondément le niveau de protection du foyer.
- Oublier sa profession exacte : un travail physique, des déplacements fréquents, le travail en hauteur ou une activité indépendante nécessitent une analyse spécifique de l’incapacité et de l’invalidité.
- Confondre assurance de prêt et assurance habitation : l’assurance emprunteur protège le remboursement du crédit ; elle ne couvre pas les dégâts causés au logement.
- Envoyer un dossier incomplet : l’absence de certificat d’adhésion, de notice ou de conditions de garanties peut retarder l’instruction.
- Accepter un refus oral : demandez toujours une réponse écrite et motivée afin de vérifier si le motif repose bien sur un critère d’équivalence applicable.
Questionnaire de santé, droit à l’oubli et assurance emprunteur
La loi Lemoine ne se limite pas à la résiliation à tout moment. Elle a aussi supprimé le questionnaire de santé dans certaines situations. Cette suppression s’applique lorsque la part assurée cumulée par personne ne dépasse pas 200 000 euros et que le remboursement complet du prêt intervient avant le 60e anniversaire de l’emprunteur. Les deux conditions doivent être réunies.
Par exemple, pour un prêt de 240 000 euros souscrit à deux avec une quotité de 50 % chacun, chaque emprunteur assure 120 000 euros. Si le crédit est intégralement remboursé avant les 60 ans de chacun, l’absence de questionnaire médical peut s’appliquer. À l’inverse, une quotité de 100 % pour chacun porte la part assurée à 240 000 euros par personne : le seuil n’est alors pas respecté.
Les emprunteurs concernés par un risque aggravé de santé peuvent aussi se tourner vers le dispositif AERAS. Le droit à l’oubli, notamment applicable dans certaines conditions après un cancer ou une hépatite C, a été ramené à cinq ans après la fin du protocole thérapeutique, en l’absence de rechute. Ces mécanismes ne dispensent pas de lire l’offre, mais ils peuvent élargir les possibilités d’accès à l’assurance et au crédit.
Que faire si la banque refuse ou ralentit votre demande ?
Un refus fondé sur une différence de garanties peut être justifié, mais il doit être vérifiable. Commencez par relire la fiche standardisée d’information et confrontez le motif indiqué aux garanties du nouveau contrat. Dans de nombreux cas, l’assureur peut corriger un paramètre, ajouter une option ou fournir une attestation plus détaillée.
Si le refus paraît injustifié ou si le délai de 10 jours ouvrés n’est pas respecté, adressez une réclamation écrite au service compétent de la banque en conservant les preuves d’envoi et les pièces du dossier. Vous pouvez ensuite saisir le médiateur de la banque selon la procédure indiquée dans ses conditions générales ou sur son site. En cas de litige persistant, l’avis d’un professionnel du droit, d’une association de consommateurs ou d’un courtier compétent en assurance emprunteur peut aider à apprécier l’équivalence réelle des garanties.
Le bon réflexe : traiter l’assurance comme une composante du crédit
La loi Bourquin a donné aux emprunteurs un premier levier de négociation. La loi Lemoine a transformé ce levier en droit permanent. L’assurance emprunteur ne doit donc plus être considérée comme un bloc figé annexé au prêt : elle fait partie du coût global du financement, tout en protégeant un risque majeur pour le foyer.
La meilleure stratégie consiste à comparer des contrats sur une base strictement identique, à vérifier l’équivalence exigée par la banque, puis à arbitrer entre prix et qualité de couverture. Un contrat moins cher est une bonne décision seulement s’il demeure adapté à votre situation, à votre activité et à votre capacité à faire face aux mensualités en cas de coup dur.
Questions fréquentes
La loi Bourquin est-elle encore applicable en 2025 ?
La loi Bourquin a instauré la possibilité de résilier l’assurance emprunteur à chaque date anniversaire. Ce droit a été remplacé en pratique par un dispositif plus favorable : la loi Lemoine permet désormais de changer d’assurance à tout moment, sans frais et sans préavis annuel, pour tous les prêts immobiliers concernés.
Ma banque peut-elle refuser une assurance emprunteur moins chère ?
Oui, mais uniquement si le nouveau contrat ne présente pas un niveau de garanties équivalent à celui exigé pour votre prêt. La banque ne peut pas refuser une assurance externe parce qu’elle est moins chère, parce qu’elle ne provient pas de son partenaire ou parce qu’elle préfère son contrat de groupe. Le refus doit être écrit et motivé.
Faut-il encore respecter un préavis de deux mois pour changer d’assurance de prêt ?
Non. Le préavis de deux mois concernait la résiliation annuelle issue de la loi Bourquin. Avec la loi Lemoine, vous pouvez demander un changement à tout moment. Il faut toutefois laisser à la banque le temps légal d’étudier un dossier complet et attendre son accord formel avant la résiliation effective de l’ancien contrat.
Quel délai la banque a-t-elle pour répondre à une demande de changement d’assurance emprunteur ?
La banque doit répondre dans un délai de 10 jours ouvrés à compter de la réception d’une demande complète. En cas d’acceptation, elle doit établir un avenant au prêt. En cas de refus, elle doit indiquer par écrit les garanties ou critères d’équivalence qui ne sont pas respectés.
La banque peut-elle augmenter mon taux de crédit si je choisis une délégation d’assurance ?
Non. Lorsque l’assurance externe présente des garanties équivalentes, la banque ne peut pas modifier le taux d’intérêt du crédit, la durée du prêt, les garanties bancaires ou toute autre condition initiale. Elle ne peut pas non plus facturer de frais pour la substitution de l’assurance emprunteur.
Puis-je changer d’assurance emprunteur sans questionnaire de santé ?
Cela dépend de votre situation. Le questionnaire médical est supprimé si la part assurée cumulée ne dépasse pas 200 000 euros par emprunteur et si le prêt est entièrement remboursé avant ses 60 ans. Si l’une de ces conditions manque, l’assureur peut demander des informations de santé selon ses règles de souscription.